Je reviens de l'enfance. Pendant un mois, j'étais fermé aux convalescences du monde. Gros bébé, j'ai piaillé, j'ai rêvé et mes rêves glapissaient dans la foule. J'ai guetté les horaires des matchs devant l'ardoise. Les heures claudiquaient avant le coup d'envoi, avant que ne se lève la cloison lustrée des grands écrans.
Chaque matin, je me jetais aux pieds des grands titres pendant que les blogs haletaient sur le net. Je tamisais une montagne de journaux. Mon arithmétique se réduisait à quatre chiffres, 4-3-2-1. J'ai papoté en boucle. J'ai écouté, rabâché, j'ai évalué, vitupéré, j'ai dit le tout et le contraire de rien, j'ai contré, j'ai jonglé avec les figurines. J'ai mis ma boussole à l'est, au pinacle ou au vert. J'ai frôlé la barre des incertitudes. J'ai tourné en rond dans la quadrature du centre. Mes humeurs se calquaient au goût du jour. J'ai connu l'angoisse, les joies criardes, les pluies revanchardes.
Lorsque tout s'est terminé dans un grand fracas absurde, j'ai sangloté comme une petite fontaine. Larmes de citoyens devant les lois rebondissantes et harassantes du football. Il a fallu faire le deuil. Le président a parlé en caressant nos têtes. Premiers pinceaux et seconds couteaux sont apparus sur le balcon. Les experts ont épongé mon chagrin, emmailloté dans le sable.
J'attends la prochaine coupe du monde. Avec délice, j'ai plongé dans la grande vacuité et je suis prêt à recommencer.