L'avion qui mène à Islamabad est plein comme un oeuf. Sur trois-cent-cinquante passagers, il n'y a seulement que quelques femmes. L'avion tangue furieusement à l'atterissage face aux fortes bourrasques de vent. Peu d'attente à l'aéroport. Une pluie abondante éclate sous un ciel chargé. Le long des grandes avenues qui nous ramènent de l'aéroport, notre voiture dépasse de petits bus magnifiquement chamarrés qui représentent les transports publics au Pakistan.
Mon hôte me demande si je sais à qui appartient le profil éclairé qui domine la route. C'est Ali Jinnah, le fondateur du Pakistan dont la mémoire est vivement célébrée ici. Trois mots éclairés résument la doctrine qui préjuge de la naissance du Pakistan "Faith-Unity-Discipline". Pour tout Pakistanais la partition est la concrétisation d'une aspiration à la liberté. Celle de vivre notamment sa religion.
Les directives de conduite pour l'étranger sont ici à appliquer avec le plus grand respect. Chaque matin et soir, on viendra me chercher pour me ramener à l'hotel. L'hotel Serena est peuplé d'hommes d'affaires. Les conditions d'entrée y sont très surveillées. Un militaire en uniforme à la moustache vaillante soulève le capot de la voiture. Les marques Japonaises ou coréennes constituent l'essentiel du marché automobile. Islamabad est une ville artificielle construite en soixante-huit, adossée aux collines. Les politiciens l'ont imaginé pour pouvoir profiter en toute tranquilité de leur pouvoir loin des rumeurs tournoyantes des villes de Lahore et Karachi. Elle est moins représentative du Pakistan que les autres villes. Elle a considérablement grandi en population. Les habitants aiment sa tranquillité (qui va s'étiolant dans le temps) et la liberté qui semble y régner. On peut y vivre en toute sécurité et y mener rondement ses affaires. C'est ce que suggère Aster, serveuse à la pâtisserie de l'hotel, qui déclare pouvoir y vivre plus facilement en femme célibataire et indépendante que dans les autres villes. "Tous les jours, je remercie Dieu" dit-elle "pour le bonheur qu'il me donne."