Lorsqu'on est dans une voiture sur les périphériques du Caire, on est un peu comme dans un bateau à voile au milieu d'une régate apocalyptique. La voiture flotte. Elle frôle, elle ondule, elle fraye, elle miaule au milieu d'un concert de klaxons. Le code de la route est soumis au bon vouloir et à l'interprétation de chacun. Pourtant ce mouvement, cette course qui semble au passager novice conduire tout droit vers quelque enfer, dans la majorité des cas, aboutit (avec beaucoup de retard parfois). Dans ce bordel routier innommable, compte tenu du nombre de risques pris à la minute par chacun des conducteurs, on peut s'étonner du "faible" nombre d'accidents (trop important encore et terrible tout de même). On sait que pour nombre de chauffeurs, le prophète est le grand ordonnateur du trafic routier au Caire. Si on a une vision plus proche de l'athéisme et rationnelle de cette apparente organisation, on avancera l'analogie de la main invisible avec le trafic routier à la manière de Pascal salin dans "Libéralisme". Chacun s'occupant de ses petites affaires adopte un comportement "responsable" pour lui-même ce qui conduit à un mouvement d'ensemble tendant à l'équilibre relatif. On arrête le jeu de l'analogie ici. Car les constructivistes objecteront qu'avec un peu de régulation du trafic, on améliorerait les choses et les libéraux que la moindre régulation ne ferait que provoquer plus d'engorgements. Si ça se trouve, au Caire, la main invisible frappe à tour de bras.